Mal à quelle France ?
Hier soir, je me suis faite concasser par une horde de bloggeurs-auditeurs d'RMC en colère à la suite du divertissant Moscatoshow.
Il parait que j'ai été "hystérique" (jusque-là rien d'anormal) et que j'ai tenu un "discours" (de 6 mots) insupportable quand à un auditeur évoquant les incidents du Stade de France lors du match "amical" France-Tunisie en affirmant "c'est toujours comme ça avec les maghrébins", j'ai rétorqué "je ne veux pas entendre ça" !

OK, mea culpa, j'ai fait preuve d'une hardiesse, d'un autoritarisme primaire sauf que...
Pour des raisons de paix radiophoniques, il avait été décidé d'éviter les thèmes sujets à dérapage incontrôlés et au moment où naissait mon hystérie particulière, l'auditeur et moi-même avons été renvoyés dans nos buts (ce qui n'était peut-être pas si prudent que ça finalement) . Conclusion : je suis l'affreux censeur qui empêche les auditeurs de s'exprimer.

Le peu que j'ai essayé de dire ce soir (ce n'est bien sûr pas le sens d'un show radiophonique sportif) m'a immédiatement attiré des réactions du type "ferme ta gueule", "rentre chez toi" (où ? à Poitiers ? ma ville de naissance !) ou encore "Maryse fait partie de la Licra" (et bé non).

Pourquoi n’aurais-je pas le droit d’évoquer le mal-être identitaire de certains de nos compatriotes qui se sentent en marge de la France d’aujourd’hui, ou le climat social français qui ne favorise pas l’empathie ?

Pourquoi serait-il indécent devant l’outrage fait à la France d’évoquer la perte de l’identité nationale, de ce sentiment d’appartenance à une nation qui fait que nos jeunes préfèrent le clanisme qui rassure parce qu’au sein de son groupe, on trouve des personnes qui vous ressemblent et vous rassurent .

Pourquoi serais-je traitée de raciste anti-blanc parce que je refuse de raccourcir le fait divers grave de mardi soir à une manifeste irrespectueuse de « racailles » qu’il convient après le Karcher de notre Président, de dégager au Destop ( !!!) – dixit… Fadela Amara, rien que ça !
L’ insulte douloureuse à recevoir pour une femme à la double culture et à la double couleur comme moi, même s’il est vrai que la couleur « primaire » qui sera toujours identifiée par ceux qui me perçoivent, sera immanquablement le sombre de ma peau, plus visible que le blanc du mélange.

Un auditeur, un seul hier soir, a un peu adouci les crachats de certains qui ne retiennent que ce qu’ils veulent bien entendre en proposant d’autres raisons que le simple racisme anti-blanc, à l’attitude évidemment condamnable et primaire des supporters français (et oui ! Même lorsque l’on fait des conneries, on reste français, on n’en perd pas pour autant sa nationalité pour que certains se sentent mieux dans leur peau de français) :
. Le passé colonial de la France et la culpabilité infuse qui en découle, ouvrant à une sorte de "droit" historique pour les (jeunes) français d'origine maghrébine au mécontentement et au ressentiment vis-à-vis de ce Pays.
. Les difficultés et le climat sociaux en général qui deviennent un alibi plus ou moins conscient pour manifester "contre".
. La perte progressive du sens de la nation et encore plus de la Patrie, qui est la conséquence du nihilisme puis de l'individualisme modernes, poisons dont personne ne semble avoir vraiment conscience.
.Les paroles de la Marseillaise, évidemment difficiles à chanter d'un seul cœur car difficiles à associer aux valeurs humanistes, et qui ne contribuent pas à unifier une population.

Rien de tout ça n’excuse une attitude primaire.
Tout ça mérite qu’au-delà des karchers et autres Destop, on finisse par se pencher sur la véritable « intégration » de nos populations dites visibles (dont il parait que je fais partie). Que l’on entende un jour qu’il est difficile pour une femme née en France, d’une mère blanche et d’un père noir, grandie en France, et qui a représenté la France en compétitions internationales 43 fois, que la plupart des noirs ne sont pas intégrés comme moi… « qui ne parle pas comme eux et qui m’habille à la française » !!!

Je n’avais pas compris que j’étais bien intégrée : c’est drôle, je m’étais toujours cru française ! Et il faudra que je pense à dire à mes amis « français de souche » (comprendre blancs) qui vivent à Dakar, qu’ils pensent bien à parler woloff et à porter le caftan, sur les marchés, pour bien s’intégrer aux sénégalais !

Maryse Ewanjé-Epée
Le 16 octobre 2008

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