Corps & âmes : la passion du sport au féminin

Cet article est extrait du livre "Corps & âmes : la passion du sport au féminin."

Son tempérament tout autant que ses qualités physiques exceptionnelles font d’Eunice une figure emblématique de l’heptathlon. Championne du monde dès 1999, elle remporte ensuite, lors des Mondiaux de 2003, une médaille d’argent dans cette même discipline et une médaille d’or à la longueur grâce à son dernier saut, mettant le Stade de France en émoi.

On connaît d’elle la combattante explosive et charismatique, si médiatique. Ici, loin de cette image, Eunice a accepté de se livrer plus intimement et de lever le voile sur la partie secrète de sa personnalité, évoquant ce qu’elle aime par-dessus tout dans le sport au féminin, « ce mariage de force et de douceur ».

De sa jeunesse africaine, Eunice a retenu une large ouverture sur la vie. L’école lui a offert la possibilité de s’initier, dès son plus jeune âge, à différentes activités culturelles et sportives, telles que le volley-ball, le football, l’athlétisme ou encore le théâtre. Cet éveil a été décisif et a marqué sa personnalité. Repérée à l’âge de 13 ans pour ses aptitudes en athlétisme, Eunice accepte alors de se consacrer pleinement à cette discipline, sans toutefois en saisir encore tous les enjeux. Elle sera très vite propulsée dans le monde de la compétition internationale.

« Je suis partie en France, je n’avais que 15 ans. Allait commencer, pour moi, la grande aventure de l’heptathlon. La vie en a décidé ainsi et je ne regrette rien, car je lui dois ce que je suis devenue aujourd’hui. Je ne serais sans doute pas la même si je n’avais pas eu cette rencontre avec le sport. Il a transformé mon existence, y a mis son empreinte, révélant ou accentuant des facettes de moi. Oser s’affirmer, s’exprimer, se réaliser, sans arrogance, sans soif de domination, c’est ce que l’athlétisme m’a appris. »

Un miroir à deux faces : force et douceur

Si Eunice assume son tempérament de compétitrice, elle n’a jamais renié sa sensibilité de femme. Ces deux facettes, que le sport permet de concilier, voire même de réconcilier, font partie intégrante de sa personnalité.

« J’aime ce contraste entre l’image du sport et de la féminité, cette ambivalence, ce miroir à double face : combativité et féminité… Force et douceur. »

Entière et volontaire lorsqu’elle entreprend quelque chose, Eunice s’engage totalement pour livrer le meilleur d’elle-même, ce qui lui donne parfois une apparence de dureté. Mais elle a besoin des autres pour puiser son énergie.

« Je suis plus fragile qu’on ne le pense. J’ai besoin de me sentir entourée, portée. Beaucoup de femmes imaginent que pour réussir il faut avoir un comportement d’homme. Au contraire, c’est le charme des femmes d’obtenir et de conquérir différemment. Moi, j’aime qu’une relation soit construite sur l’échange et le respect, sans trahir ce que l’on est soi-même. Je me sens épanouie dans le sport, mais pour rien au monde je ne changerais ma vie de femme, mon cœur de femme, mon âme de femme. »

Songeant au chemin parcouru depuis la Sierra Leone, elle revient aux racines de son enfance, qui l’a profondément marquée. Eunice a grandi dans un environnement de femmes, sans la présence de son père à ses côtés. « J’ai été élevé par ces femmes africaines, à la fois fragiles et innocentes, mais aussi tellement fortes et combattantes. C’est avec elles que j’ai connu la douceur et que j’ai appris la rigueur. »

Le sport a également joué un rôle déterminant dans son éducation et son initiation à la vie. Il lui a apporté « La confiance, l’indépendance et la liberté ». Et elle ajoute : « Le sport m’a donné confiance en moi, en tant qu’être humain et en tant que femme. Il m’a aidé à comprendre, très jeune, que se connaître et avoir foi en soi changeaient, les rapports avec autrui. S’accepter permet aussi de mieux accepter l’autre, d’établir un échange dans le respect. » Eunice a appris la valeur du travail et de la persévérance. Le sport a développé en elle cette envie de toujours se dépasser, de faire ses preuves et de réaliser ses rêves.
« Aujourd’hui, je peux me diriger où je veux, je me sens libérée. Je ne me dis plus que je ne suis pas à ma place ni que je ne suis pas faite pour cela. »

La puissance du geste et le maintien du corps

S’exprimant sur les sensations particulières qui la relient à ses disciplines sportives, Eunice évoque la force du langage physique. Elle aime avant tout la puissance du geste, le maintien du corps et l’adrénaline qui monte en elle. Dans sa quête d’objectifs et ses combats sportifs, son principal instrument et son premier allié sont sa colonne vertébrale, ses muscles, ses tendons, toute son enveloppe corporelle.

« Il faut mobiliser la chair et l’esprit pour tendre vers un seul objectif, savoir apprivoiser ce corps, comprendre son langage, apprendre à vivre et à combattre avec. »

Expériences humaines

Les expériences sportives agissent souvent comme un révélateur de la vie et des relations humaines. L’enjeu de la compétition, la quête de médailles sont autant de luttes de pouvoir, génératrices de pressions, de tensions et de blessures qui ne sont pas seulement physique.
« Perdre et se blesser font partie de la loi du sport. Il faut accepter ce risque. Mais quand on ne se sent pas soutenu par les personnes qui sont censées nous comprendre, cela fait mal. Les blessures qui m’ont le plus fait souffrir dans ma carrière, ce sont les déceptions humaines. »

Eunice s’entraîne beaucoup avec d’autres femmes, surtout aux Etats-Unis. Elle est très impressionnée par les athlètes américaines qui concilient si bien, à ses yeux, la performance et la féminité sur la piste. Elle apprécie également la solidarité pendant l’entraînement ou la compétition. Les rivalités sont présentes bien sûr, mais il y aussi le partage, la complicité et l’entraide dans les moments de doute et de défaillance.

Le chant et le théâtre, nouveaux terrains d’expression

Sans renier l’athlétisme, Eunice se sent en même temps attirée par une carrière artistique. Bercée depuis sa plus tendre enfance par le théâtre, elle s’est fixée de nouveaux défis dans la chanson et le cinéma, suivant des cours à Paris et aux Etats-Unis. A la voir prendre goût aux séances photos, à la sentir aussi à l’aise en tenue d’athlète qu’en habit de star, sa reconversion semble évidente.

« Dans ces deux nouvelles passions que sont le chant et le théâtre, le sport m’apporte une force d’adaptation et une ouverture d’esprit. Mon autre rêve serait de retourner en Sierra Leone, où je ne suis plus allée depuis longtemps. J’ai une si grande affection pour mon pays et il me manque tellement.
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  Septembre 2017  

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